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04.03.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches matins, un petit extrait du "Retour du Tonnerre".
Aujourd'hui, Gwenelg s'apprête à quitter Skye pour retourner en Bretagne.
"Il se précipita alors vers les escaliers qu’il franchît quatre à quatre. Debout sur le chemin de ronde, la jeune fille était accoudé sur le rebord du mur. Du regard, elle cherchait à atteindre l’horizon. Gwenelg vint près d’elle, restant lui aussi silencieux.
Le soleil était si puissant qu’il transformait le loch en une mer d’argent. Autour, le vert des pâturages brillait d’un incroyable éclat. Le regard du breton s’arrêta sur les énormes blocs de rochers qui parsemaient les prés. Comment se pouvait-il que les monts environnants, faits d’un gneiss si dur que l’on y cassait la lame de son couteau, aient-ils pu se séparer d’une partie d’eux même pour ainsi échouer au bord du loch. Comme un hommage rendu aux MacLeod. Le jeune homme tentait d’imaginer les magistrales puissances divines qui avaient contraint ces montagnes à se dresser, se tordre, et finalement se casser sous une torture trop insoutenable. Pour contenir en elle-même autant de puissance, d’énergie et de force, ce sol avait dû être une terre de feu et de fureur au temps des anciens dieux païens.
- Te souviens-tu de notre première discussion, demanda soudainement la jeune fille d’un air léger.
Le Breton tourna la tête vers elle. Avec le léger hâle qui colorait sa peau, les yeux d’Aquitane étaient d’un bleu aussi sombre que l’océan à son endroit le plus profond.
- Comme si c’était hier. J’ai quelque chose à te dire.
Gwenelg avait lâché sa phrase dans un souffle. Comme s’il avait peur de ne pas avoir le courage de parler. C’était ça. Il avait peur. Peur de ce qu’il allait s’entendre dire. Peur surtout de la réponse qu’il allait recevoir. Ses mains tremblaient légèrement, les mots ne lui venaient pas à la bouche, le débit de ses phrases était trop rapide. Bref, il ne contrôlait rien. Néanmoins, il savait qu’il ne pouvait plus reculer.
- Nous nous connaissons depuis longtemps, et nous n’avons jamais parlé.
- Pourtant, tu parles souvent, reprit la jeune fille. D’ailleurs, je trouve que c’est quelque chose que tu fais très bien. Tout à l’heure, devant mon père, tu étais un vrai chevalier. De la prestance, du verbe, oui décidément, je pense que c’est quelque chose que tu fais très bien.
- Ce n’est pas ce que je veux dire, tenta de poursuivre le Breton qui avait de plus en plus de mal à respirer. Nous n’avons jamais réellement parlé de nous …
- Je ne vois pas ce qu’il y aurait à dire, coupa la fille de Ruaraidh. Tu es arrivé on se demande encore d’où, mon père t’a adopté et tu repart on ne sais toujours pas où. Je ne pense pas qu’il y ait le moindre problème. Ce n’est pas la peine de faire des discours.
Ah, ce qu’elle pouvait l’énerver quand elle le regardait ainsi, avec dans les yeux l’air de lui dire « mon pauvre garçon… ».
- Je ne cherche pas à faire de discours, essaya de poursuivre le jeune homme encore plus mal à l’aise.
- Eh bien alors pas de soucis. Et puis je ne veux pas te retarder. Tu as très certainement des choses à régler pour ton départ.
- Aquitane, tu commences vraiment à m’agacer. Si tu continues ainsi, c’est ton cas que je vais régler. Et définitivement.
La colère était montée progressivement. Chaque réponse de la jeune fille en avait rajouté une strate, et la coupe était pleine. Maintenant, il ne se maîtrisait plus, et tant pis pour les conséquences. Il était trop tard. La voix pleine de courroux, le Breton poursuivait.
- Je suis venu te dire, à toi toute seule, les yeux dans les yeux, que je retourne en Bretagne. Mais je reviendrais. Mon cœur reste ici. Ce que je voudrai que tu comprennes, c’est que lorsque je reviendrai, ce sera d’abord pour toi. J’ai réalisé il y a quelque temps que je te connaissais depuis toujours, que notre Seigneur nous avait fait l’un pour l’autre. Tout simplement. Le miracle, c’est que nous ayons pu nous rencontrer. Maintenant, tu en fait ce que tu veux, mais hésite avant d’en rire.
La fin de la phrase avait été dite entre les dents, les lèvres serrées. Le jeune homme pivota sur lui-même, la colère toujours présente. Mais il avait dit ce qu’il avait sur le cœur, et une chape de plomb s’envola de sa poitrine.
- Gwenelg …
La voix avait perdu toute ironie. Le Breton se retourna d’un bloc. Au même moment, la jeune fille fondait sur lui. Leurs bras s’enlacèrent. Leurs mains se caressèrent. Leurs lèvres se rejoignirent. La poitrine de la jeune fille se durcit sous la mince étoffe. Le jeune homme s’en rendit compte et n’y resta pas insensible. Il n’arrivait plus à contrôler ses mains qui n’évitaient aucune des parties du corps d’Aquitane. Celle-ci répondait à son étreinte et se collait encore davantage. Gwenelg ne se maîtrisait, et le plaid ne dissimulait plus son excitation.
- Arrête ! Interrompit la fille de Ruaraidh.
Le mot avait été lâché doucement, mais il fit reprendre ses esprits au jeune homme. Ses mains s'immobilisèrent, mais ses bras ne lâchaient pas la jeune-fille qui se pelotonna contre la poitrine.
- Nous devons attendre. Attendre ton retour, attendre que ce soit le moment, attendre l’accord de mon père. Mais au moins les choses sont claires, fît-elle dans un rire léger. Tu vois, ce n’était pas la peine de faire des discours !
Cette fille était exaspérante."
La suite dans le livre (voir "Où trouver le livre")
Bon dimanche, et bonne lecture.
09:20 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse





