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18.03.2007

Gwenelg - L'extrait du dimanche matin

Comme chaque dimanche matin, un petit extrait pour commnecer tranquillement la journée.
Aujourd'hui, Gwenelg quitte la Bretagne.

Par ailleurs, il reste pas mal de travail avant la sortie du tome 2, Durandal. J'y reviendrai. Néanmoins, je ferai paraitre ici les premières pages dimanche prochain.

"A la nuit tombante, ils décidèrent de passer la nuit au pied d’un immense dolmen dont le sommet avait été retaillé en Croix. Sur le pourtour de la pierre, on avait sculpté et peint les instruments de la Passion, christianisant ainsi ce symbole des rites païens.
Ils s’installèrent autour d’un feu crépitant qui réchauffait leur corps, rendait la forêt moins sinistre, et maintiendrait les loups à distance si nécessaire.
Pol, qui ressentait le trouble de son neveu, voulu détourner son attention.
- Dis-moi, t’ais-je déjà parlé de mon bon ami Geoffroy de Monmouth ? interrogea t-il.
- Non mon oncle.
- Il est l’évêque de Saint-Asaph, une petite ville en Galles du Nord. Il a rédigé un ouvrage qui s’appelle Prophetiae Merlini. Veux-tu que je t’en parle ?
- Pourquoi pas ? Répondit le jeune Breton, peu convaincu.
Pol lui parla alors de l'histoire d’Arthur et de ses chevaliers, d’Excalibur son épée, des aventures de Lancelot, Galaad, Perceval, Morgane, Viviane, Merlin...
Parvenu à la fin du récit, il poursuivit.
- Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Si, comme tu le sais maintenant, les aventures d’Arthur se sont déroulées sur l’île de Bretagne, tous ces chevaliers sont venus ici en Armorique.
- Comment cela ?
- Par exemple, en contrebas du bourg de la Forest-Landerneau se trouvent les ruines du château de Goy-La-Forêt, le plus ancien château est de Bretagne. Il était gardé par quarante géants. Après les avoir défait. Lancelot s’est installé dans la forteresse qui fut appelée Joyeuse Garde en raison des fêtes qu’il y donna. Même Arthur y séjourna. Ailleurs, à Kerduel près de Pleumeur -Bodou, s’élève une ancienne résidence du roi Arthur. Il s’y est retiré en compagnie de ses chevaliers de la Table Ronde après avoir vaincu les Saxons. Près de là, Arthur terrassa un Dragon sur la Lieue de Grève, avec l’aide de Saint Efflam. Et en face de l’ile-grande, Morgane veille dans l’île d’Aval sur le roi et ses chevaliers. Ils sont endormis jusqu’au jour ou ils se réveilleront pour rendre aux Celtes leur liberté.
Gwenelg avait écouté sans une parole. Tous les endroits cités étaient des lieux voisins dont il avait déjà entendu parler. Il se demandait pourquoi son oncle avait attendu le soir de son départ de Sieck pour lui relater cette histoire.


Ils atteignirent Brest le surlendemain. Pol voulait tout d’abord aller au château, afin de remettre au Comte Morvan la missive de Monseigneur Derrien. Ils arrivèrent au pied de la formidable citadelle, gardant à la fois la voie océanique et l’entrée de la Penfeld. Ils passèrent sous la tour Azénor et se présentèrent à l’entrée. Par malheur, le comte était absent, mais Pol pu remettre le pli à un autre moine qu’il connaissait et qui se chargerait de transmettre la lettre à Morvan.
Cela fait, ils descendirent au port qui se situait directement en contre-bas du château. De larges pontons en chêne, solidement fichés dans le fond de la Penfeld permettaient d’accoster à une myriade de d’embarcations. Le spectacle était hallucinant, et Gwenelg devait faire attention où il mettait les pieds.
Les pontons étaient parcourus par une foule bigarrée, des sabots claquaient lourdement sur le bois rouge, des marins passaient, cirage, chausses, capotes sur le bras droit, panier ou sac à pain à la main gauche. Des charrettes à bras ou tirées par des bœufs, chargées de choux ou de bois venaient chercher leur embarquement. Des tonneaux de bois cerclés de fer débordaient de poulies, crochets et cordages en chanvre. Des femmes sur la berge faisaient chauffer dans de grands chaudrons des écorces de chêne et de châtaignier. Les hommes venaient ensuite s’y servir et étalaient la mixture à l’aide de grands balais sur les voiles déroulées afin de les tanner. Sur l’eau, une forêt de mâts appartenant à autant de navires. Certaines vergues portaient leurs voiles pour les faire sécher.
Tassés sur eux-mêmes, des miséreux, des éclopés, des invalides tendaient le bras, demandant l’aumône.
Marchant à travers ce capharnaüm, Pol paraissait toujours serein, pas plus attentif que s’il s’était trouvé dans la bibliothèque de son monastère, évitant les obstacles sans les regarder, sachant parfaitement où il se dirigeait. Il n’en allait pas de même pour Gwenelg, qui avait manqué de tomber à l’eau au moins trois fois. Il se faisait piétiner les pieds sans arrêt, ce qui laissait les Brestois dans un abîme d’indifférence.
- Par les bourses de St Pierre !
Le juron était sortit tout seul quand un charpentier l’avait heurté avec une planche. Pol se figea, se retourna lentement vers son neveu, interloqué. Gwenelg se demandait ce qui allait lui tomber dessus.
- Eh ! Monseigneur, tu es déjà là ?
Pol se tourna à nouveau. Un individu avançait vers eux en souriant. L’homme était plutôt petit, roux et barbu, vêtu d’un surcot d’un bleu très vif. Avec cette débauche de couleurs, il n’y avait aucun risque que ses compagnons puissent le perdre. A sa vue, Pol retrouva le sourire.
- Jacob Van Arteveld ! Pol ouvrit ses bras pour donner l’accolade à l’homme qui arrivait. Quand ils se séparèrent, le moine fit les présentations.
- Jacob, je te présente Gwenelg, c’est pour lui que nous faisons ce voyage. Gwenelg, voici Jacob. Il vient de Flandres, et c’est le meilleur marin que je connaisse. On l’appelle aussi la Chouette.
- Pour quelle raison ? Interrogea Gwenelg qui préférait que son oncle oublie vite le juron blasphématoire.
- Tu le sauras demain, répondit Jacob avec un accent que le garçon n’avait jamais entendu.
- Ainsi nous partons demain ? S’inquiéta Pol.
- En milieu de journée. C’est à ce moment que la marée nous sera le plus favorable. Veux-tu montrer le bateau à ton neveu ?
Le neveu ne demandait que cela, ce qui parut enchanter le Flamand.
Le navire tirait mollement sur ses aussières. Gwenelg, fils et petit-fils de marin, n’en avait jamais vu de semblable.
La coque, longue d’environ 40 pieds, avait une forme très évasée et plate. La proue arrondie, plus haute que les plats-bords était surmontée d’un bout-dehors d’au moins 6 pieds. A environ 15 pieds de la poupe, sur chacun des cotés extérieurs du bateau était fixée une longue pièce de bois elliptique plongeant dans l’eau et servant à stabiliser le navire. Un large aviron solidement fixé par une corde de chanvre à l’arrière du bateau permettait de le manœuvrer. La voile carrée était fixée à une livarde sur sa partie supérieure, ce qui donnait la possibilité de la monter jusqu’au deux tiers du mat, et sur sa partie inférieure à une bôme qu’un cordage et un système de poulies permettaient de border ou au contraire de choquer. Deux autres hommes s’affairaient afin de charger des sacs d’orge à l’intérieur.
- Ce sont mes frères Jan et Maarten qui travaillent avec moi.
- Tiens, Jacob, le prix de notre traversée.
Pol tendait l’aumônière de l’évêque.
- Merci Pol, mais tu le sais, tu pouvais attendre d’être arrivé.
- Je le sais, mon ami, mais je me sentirais ainsi plus léger.
Le Flamand prit la bourse.
Puis on se sépara, prenant rendez-vous pour le lendemain avant le midi. Gwenelg et son oncle avaient prévu de coucher au couvent de Brest. Ils firent demi-tour.
Une question brûlait les lèvres de Gwenelg.
- Comment se fait-il mon oncle que vous ayez payé d’avance ?
- Par prudence, Gwenelg.
- Je ne comprends pas.
- De deux choses l’une. Ou bien Jacob est un honnête homme, et le payer maintenant ou à l’arrivée n’a que peu d’importance, ou bien c’est un brigand, et sitôt en mer, il nous dépouille et nous jette par-dessus bord. Dans ce cas, ayant déjà l’argent, il va partir sans demander son reste, mais au moins nous resterons vivants. D’autre part, c’est son souci désormais de protéger le trésor.
- Mais n'est-ce pas un de vos amis ?
- Les hommes peuvent changer. Jacob est un excellent ami. Mais je suis toujours vigilant.
Gwenelg reconnu que c’était là faire preuve de bon sens, particulièrement en ce moment ou ils traversaient une ruelle étroite, sombre et hantées par des ombres angoissantes dont on devinait les regards acérés fixés sur les deux passants. Même les mendiants n’osaient y pénétrer. Pour se donner du courage, le garçon poursuivit.
- Comment se fait-il que Jacob vous attendait ?
- Jacob m’a déjà permis d’effectuer plusieurs voyages, notamment en Ecosse. Je savais qu’il faisait escale à Brest. L'autre jour, lorsque nous étions chez l'évêque Derrien, j’ai très discrètement demandé à un autre moine qui venait ici de lui remettre un pli lui proposant de m’attendre pour un nouveau périple.
- Ainsi vous saviez déjà tout se qui allait se passer !
- Disons que j’en avais une vague idée.
Gwenelg en resta sans voix.

Comme prévu, ils quittèrent Brest le lendemain en milieu de journée.
La mer descendait. La rade fut rapidement traversée. Puis ce fut le goulet, étroit passage entre deux hautes falaises escarpées compris entre la pointe du Portzic et celle du Diable.
Alors que la mer étalait, ils s’engouffrèrent dans le chenal du Four.
Pol regardait son neveu. Dans sa tunique en lin rouge, ses longs cheveux geai flottant dans le vent et son regard gris sombre regardant au-delà de l’horizon, Gwenelg faisait plus jeune qu’à l’accoutumé. Si le moine n’avait aucune inquiétude quant-à la transformation physique de son neveu, qu’en serait t-il de l’homme. Et puis il y avait le signe. Mais est ce qu’il ne faisait pas là encore fausse route ? Pourtant, une petite voix lui certifiait qu’il s’agissait bien du nouveau Mesaer. En tout cas, il devait agir comme si c’était là la vérité. Il était également vrai que toutes les qualités de son neveu devaient être polies, affûtées, homogénéisées, afin qu’il puisse accomplir ce que Pol espérait.
La nuit tombée, le bateau arriva au niveau de l’île de la Vierge, et Jacob modifia le cap, dirigeant la proue plein Nord. Gwenelg découvrit enfin pourquoi le Flamand était surnommé « La Chouette ». Il pouvait rien qu’en se repérant aux étoiles diriger le navire sans faillir, rendant inutile le jour et les amers à terre.
Le fils de Malo quittait sa Bretagne natale, endormis sous une montagne de fourrures, dans le fond d’un navire flamand."

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