11.03.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Commes tous les dimanches matin, un petit extrait pour commencer tranquille la journée.
Je vais (malheureusement) délaisser un moment le blog. Une grosse activité par ailleurs va m'empêcher de le suivre régulièrement. J'y reviendrai néanmoins prochainement, en particulier à propos de Durandal.
Aujourd'hui, Les MacDonald attaquent la forteresse des MacRae.
"Compte tenu des libations nocturnes, Gwenelg s’attendait à trouver la forteresse vide. Mais c’était sous-estimer la robustesse des Highlanders, car à son lever le Breton pu vérifier que le château débordait d’activités
Il descendit directement à la salle du rez-de-chaussée où se trouvait Ethan. Ils volèrent 3 galettes de froment qui restaient de la veille, et se précipitèrent sur les remparts pour déjeuner en paix.
Pour accéder au chemin de ronde, il fallait emprunter un tunnel étroit et totalement sombre. Au bout de la galerie un escalier permettait d’atteindre le sommet des remparts.
Les deux jeunes gens étaient là, accoudés au mur qui faisait face à l’autre rive du Loch Duich, mangeant lentement et en silence.
L’air avait changé. Bien sur, le ciel était encore bleu, mais sans intensité et la lumière rasante avait transformé la mer en une étendue d’argent liquide. Au loin, des nuages bas approchaient sans hâte, et au pied du Sgurr Na Coinnich une fumée montait en s’inclinant. Une rafale automnale amena jusqu’eux une odeur de brume. La mer elle-même semblait s’en rendre compte, et les vagues accouraient en désordre au pied de la muraille en l’éclaboussant délicatement de leur écume. L’eau était plus sombre, et les méduses entre deux eaux devenaient fantomatiques. Derrière eux, sur la terrasse, Mac Crimmon tirait des sonorités longues et mélancoliques de son instrument.
Un roulement grandissant venu du fond du Loch leurs fit tourner la tête vers la gauche. Heureusement Ethan n’avait pas encore pu bâtir le logis dont il rêvait, et ils pouvaient de leur emplacement visualiser les deux rives de l’aber.
Ils n’en crurent d’abord pas leurs yeux. Des cavaliers lancés au grand galop fonçaient sur eux. Ils profitaient de la marée basse, permettant ainsi à leurs montures d’utiliser un espace plus large. Ils fondaient sur Eilean Donnan à 10 de front. Ils étaient réellement effrayants à voir. Têtes nues, le visage peint en rouge ou bleu, torses nus, un plaid sombre volant au vent, ils caracolaient en poussant des cris abominables tels des démons vomis par l’enfer. Ils portaient au bout de leurs bras des armes diverses : haches, épées courtes, lances et piques. Gwenelg couru le long du chemin de ronde pour voir le village.
Les habitants venaient de comprendre ce qui se passait. Ils étaient d’abord sortis de leurs maisons, s’arrêtant sur le pas de la porte, à la fois hésitants, incrédules, refusant l’évidence, presque immobiles. Et puis soudainement, tout explosa. Les femmes crièrent, tournèrent sur elle-mêmes à la recherche de leurs enfants, et se précipitèrent sur eux pour les prendre à bras le corps. Elles se mirent alors à courir vers le château, les hommes à l’arrière regardant à la fois la distance qui leur restait à parcourir et la horde qui fondait sur eux. Les habitants d’Eilean s’étaient regroupés sur les murs, regardant tétanisés le drame qui se déroulait à leurs pieds. Ruaraidh MacLeod réagit le premier.
- Tenir bon ! Suivez-moi !
Ses hommes, électrisés, réagirent sur le coup. Le laird ne demeura pas en reste.
- Aux armes !
D’un coup le château fut parcouru par des hommes à la recherche de leurs équipements, courant dans toutes les directions. MacLeod et les siens étaient déjà devant le château, se précipitant vers le pont. MacRae faisaient se ranger sur la muraille les hommes qui avaient trouvé les arcs.
Sur la berge, les premiers villageois étaient déjà à mi-chemin entre les huttes et la forteresse. Mais les assaillants que l’on distinguait désormais parfaitement atteignaient les attardés.
- Par le Sang du Christ, les Mac Donald, souffla Ethan près de Gwenelg.
Un cavalier hirsute arriva à la hauteur du dernier des fuyards et lui assena un coup avec une énorme massue. La tête du malheureux éclata dans un nuage de sang. Les autres arrivèrent et les chevaux masquèrent alors les fugitifs. On ne voyait plus que le mouvement du bras des barbares, les armes maculées de sang et les corps qui s’effondraient entre les pattes des montures. Les attaquants durent freiner à l’entrée du pont. Ils étaient contraints de ralentir en raison de l’étroitesse du passage. Cela accorda un délai aux habitants du village et de nombreuses vies furent ainsi sauvées. Les premiers à pénétrer dans l’enceinte furent les adolescents qui avaient tiré le meilleur parti de leur vigueur. Puis les femmes les plus jeunes, tirant des enfants.
Ruaraidh MacLeod, qui avait d’abord couru, avançait maintenant en marchant, une longue épée à la garde effilée à la main droite. Il se trouvait au milieu de la première arche, ses hommes collés à lui.
Devant eux, la débandade atteignait son paroxysme. Les cavaliers s’étaient engagés sur le pont, et ce qui était un handicap était devenu un avantage. Les gens couraient, mais ne pouvaient plus s’écarter de la trajectoire des cavaliers et subissait l’attaque sans aucune échappatoire. L’assaillant de tête, une hache au poignet, faisait pleuvoir ses coups à droite et à gauche, comme s’il battait le blé avec un fléau. Chaque heurt arrachait une tête ou un bras, quand ce n’était pas le buste entier. Il avait des cheveux très longs qui lui faisaient une crinière. Son visage était mangé par une barbe noire. Il était très grand, carré d’épaule, et il ne portait que des braies en peau d’ours. Il se précipitait maintenant vers une femme forte qui serrait sur son sein un enfant nouveau-né.
La femme, gênée par son embonpoint, n’avançait qu’à courtes enjambées.
Sur le mur, les gens d’Eilean s’attendaient à la voir tomber elle et son bébé. D’ailleurs, l’agresseur levait sa hache, attendant d’être au plus près pour frapper.
- Non !
Gwenelg avait crié. Son cri avait été si fort et si puissant qu’il coupa un court instant le mouvement de l’attaquant. Mais celui-ci se reprit bien vite et réarma son coup.
Au moment où il allait abaisser son bras, une montagne s’éleva entre lui et la femme.
MacLeod fit tourner son épée. Elle siffla dans l’air et s’abattit sur l’encolure du cheval qui s’arrêta net, entraînant son cavalier dans sa chute. Celui-ci n’eut pas le temps de se relever. Sa tête à crinière volait dans l’air, échouant devant les sabots d’un second cheval. Surpris, l’animal se cabra, stoppant net son élan et celui de la troupe qui suivait.
Cependant, les assaillants reconnurent le chef du clan MacLeod, et cela décupla leur rage. Ils reprirent leur course, tandis que les hommes de Skye revenaient en courant vers la citadelle, sans avoir eu le temps de retirer la passerelle en bois. Ruaraidh et ses hommes allaient atteindre la porte quand les trois premiers assaillants se portèrent à leur niveau. Mais venu du haut des murailles, et parfaitement coordonnée par le Laird, une volée de flèche les cloua avant qu’ils ne frappent.
MacLeod en profita pour entrer et aider les hommes du château à fermer la porte.
Les Mac Donald, voyants que plus personne n’était à tuer revinrent vers le village. Gwenelg qui les suivait du regard les vit piller toutes les maisons. Il se figea quand d’une d’entre elle il vit un solide gaillard sortir tenant par le bras une fille qui au mieux avait 15 ans et qui s’était caché plutôt que de fuir. Il hélait ses complices, s’esclaffant d’un rire gras. Puis il jeta la fille à l’intérieur d’une hutte où il pénétra à son tour en enlevant le plaid qui l’habillait. D’autres le rejoignirent. On entendit un moment les cris de la fille, mais bien vite elle se tu. Près d’une heure plus tard, alors qu’une bonne douzaine d’homme s’était succédée dans la maison, le dernier sortit en traînant la fille par les cheveux jusqu’au milieu du pont. L’adolescente ne se débattait pas. Le soudard s’arrêta, et certain que tous le regardaient, il décapita d’un geste la jeune fille dont il venait d’abuser.
Sur la muraille, tous étaient pétrifiés, hypnotisés par l’horreur à laquelle il venait d’assister.
Ethan tourna la tête sur sa gauche. Trois regards fixaient le village. Celui de MacLeod, plein de rage et de fureur. Celui de son père, noir, froid et implacable. Mais le plus terrible était sans conteste le regard de loup de Gwenelg. C’était celui d’un prédateur, prêt à tuer. Glacial, impitoyable et insensible. Inhumain."
La suite dans le livre ....
09:23 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
04.03.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches matins, un petit extrait du "Retour du Tonnerre".
Aujourd'hui, Gwenelg s'apprête à quitter Skye pour retourner en Bretagne.
"Il se précipita alors vers les escaliers qu’il franchît quatre à quatre. Debout sur le chemin de ronde, la jeune fille était accoudé sur le rebord du mur. Du regard, elle cherchait à atteindre l’horizon. Gwenelg vint près d’elle, restant lui aussi silencieux.
Le soleil était si puissant qu’il transformait le loch en une mer d’argent. Autour, le vert des pâturages brillait d’un incroyable éclat. Le regard du breton s’arrêta sur les énormes blocs de rochers qui parsemaient les prés. Comment se pouvait-il que les monts environnants, faits d’un gneiss si dur que l’on y cassait la lame de son couteau, aient-ils pu se séparer d’une partie d’eux même pour ainsi échouer au bord du loch. Comme un hommage rendu aux MacLeod. Le jeune homme tentait d’imaginer les magistrales puissances divines qui avaient contraint ces montagnes à se dresser, se tordre, et finalement se casser sous une torture trop insoutenable. Pour contenir en elle-même autant de puissance, d’énergie et de force, ce sol avait dû être une terre de feu et de fureur au temps des anciens dieux païens.
- Te souviens-tu de notre première discussion, demanda soudainement la jeune fille d’un air léger.
Le Breton tourna la tête vers elle. Avec le léger hâle qui colorait sa peau, les yeux d’Aquitane étaient d’un bleu aussi sombre que l’océan à son endroit le plus profond.
- Comme si c’était hier. J’ai quelque chose à te dire.
Gwenelg avait lâché sa phrase dans un souffle. Comme s’il avait peur de ne pas avoir le courage de parler. C’était ça. Il avait peur. Peur de ce qu’il allait s’entendre dire. Peur surtout de la réponse qu’il allait recevoir. Ses mains tremblaient légèrement, les mots ne lui venaient pas à la bouche, le débit de ses phrases était trop rapide. Bref, il ne contrôlait rien. Néanmoins, il savait qu’il ne pouvait plus reculer.
- Nous nous connaissons depuis longtemps, et nous n’avons jamais parlé.
- Pourtant, tu parles souvent, reprit la jeune fille. D’ailleurs, je trouve que c’est quelque chose que tu fais très bien. Tout à l’heure, devant mon père, tu étais un vrai chevalier. De la prestance, du verbe, oui décidément, je pense que c’est quelque chose que tu fais très bien.
- Ce n’est pas ce que je veux dire, tenta de poursuivre le Breton qui avait de plus en plus de mal à respirer. Nous n’avons jamais réellement parlé de nous …
- Je ne vois pas ce qu’il y aurait à dire, coupa la fille de Ruaraidh. Tu es arrivé on se demande encore d’où, mon père t’a adopté et tu repart on ne sais toujours pas où. Je ne pense pas qu’il y ait le moindre problème. Ce n’est pas la peine de faire des discours.
Ah, ce qu’elle pouvait l’énerver quand elle le regardait ainsi, avec dans les yeux l’air de lui dire « mon pauvre garçon… ».
- Je ne cherche pas à faire de discours, essaya de poursuivre le jeune homme encore plus mal à l’aise.
- Eh bien alors pas de soucis. Et puis je ne veux pas te retarder. Tu as très certainement des choses à régler pour ton départ.
- Aquitane, tu commences vraiment à m’agacer. Si tu continues ainsi, c’est ton cas que je vais régler. Et définitivement.
La colère était montée progressivement. Chaque réponse de la jeune fille en avait rajouté une strate, et la coupe était pleine. Maintenant, il ne se maîtrisait plus, et tant pis pour les conséquences. Il était trop tard. La voix pleine de courroux, le Breton poursuivait.
- Je suis venu te dire, à toi toute seule, les yeux dans les yeux, que je retourne en Bretagne. Mais je reviendrais. Mon cœur reste ici. Ce que je voudrai que tu comprennes, c’est que lorsque je reviendrai, ce sera d’abord pour toi. J’ai réalisé il y a quelque temps que je te connaissais depuis toujours, que notre Seigneur nous avait fait l’un pour l’autre. Tout simplement. Le miracle, c’est que nous ayons pu nous rencontrer. Maintenant, tu en fait ce que tu veux, mais hésite avant d’en rire.
La fin de la phrase avait été dite entre les dents, les lèvres serrées. Le jeune homme pivota sur lui-même, la colère toujours présente. Mais il avait dit ce qu’il avait sur le cœur, et une chape de plomb s’envola de sa poitrine.
- Gwenelg …
La voix avait perdu toute ironie. Le Breton se retourna d’un bloc. Au même moment, la jeune fille fondait sur lui. Leurs bras s’enlacèrent. Leurs mains se caressèrent. Leurs lèvres se rejoignirent. La poitrine de la jeune fille se durcit sous la mince étoffe. Le jeune homme s’en rendit compte et n’y resta pas insensible. Il n’arrivait plus à contrôler ses mains qui n’évitaient aucune des parties du corps d’Aquitane. Celle-ci répondait à son étreinte et se collait encore davantage. Gwenelg ne se maîtrisait, et le plaid ne dissimulait plus son excitation.
- Arrête ! Interrompit la fille de Ruaraidh.
Le mot avait été lâché doucement, mais il fit reprendre ses esprits au jeune homme. Ses mains s'immobilisèrent, mais ses bras ne lâchaient pas la jeune-fille qui se pelotonna contre la poitrine.
- Nous devons attendre. Attendre ton retour, attendre que ce soit le moment, attendre l’accord de mon père. Mais au moins les choses sont claires, fît-elle dans un rire léger. Tu vois, ce n’était pas la peine de faire des discours !
Cette fille était exaspérante."
La suite dans le livre (voir "Où trouver le livre")
Bon dimanche, et bonne lecture.
09:20 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
25.02.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches matins, un petit extrait. D'ailleurs, au vu du temps, quel plaisir de replonger sous sa couette, un bon bouquin entre les mains.
"DUNVEGAN le 9 JUILLET 1122
Gabriel maugréait. Après tout, il n’avait à s’en prendre qu’à lui seul. Il avait laissé Gwenelg prendre les blancs, et il se retrouvait avec les rouges. Son roi était en fâcheuse position, et la faible vierge ne pouvait pas grande chose. Le Turc avait perdu ses deux alfins, et les tours tentaient de colmater les brèches.
Ce jeu, Loussaïm y jouait depuis sa plus tendre enfance. Lors de son propre apprentissage, il avait appris que les Perses étaient à l’origine de ce divertissement, eux-même l’ayant ramenés d’Inde. Tout naturellement, Aziz avait décidé de l’apprendre au Breton.
Le jeune homme avait immédiatement démontré de surprenantes dispositions pour les escacs. Très vite, Djibrail avait du serrer le jeu. Mais sans succès. Le temps où le Turc gagnait toutes les parties sans coup férir était désormais un lointain souvenir.
Aussi, Gabriel était-il contraint d’utiliser des artifices afin d’espérer triompher. Ainsi, il tentait ce jour là d’exploiter la fatigue de Gwenelg.
En effet, le fils de Ruaraidh MacLeod devait partir pour d’interminables tournées à travers l’île pour récupérer les fermages du Clan. Le Breton en profitait parfois pour saluer son ami Ethan à Eilean Donan. Gwenelg rentrait généralement harassé.
Justement, le jeune homme revenait tout juste d’un périple de quatre jours. Et Loussaïm qui l’attendait de pied ferme était tout dépité de constater que la ruse qu’il avait imaginé pour triompher de son disciple échouait. Même la robe légère d’Aquitane qui révélait par transparence la silhouette parfaite de la jeune fille quand celle-ci passait devant la lumière de la porte semblait ne pas déconcentrer le fils de Ruaraidh.
Soudain, le Breton bougea un de ses cavaliers de manière imprévue. Déstabilisé, Aziz fit monter la tour droite de deux cases. Mais en reposant la pièce, Djibrail vît qu’il était tombé dans un piège.
- Shat-mat, fit Gwenelg, prononçant là les deux seuls mots de Persan qu’il connaissait.
Gabriel constatait effectivement qu’il avait imprudemment découvert son flanc, et que le roi était désormais à la merci du cavalier blanc.
- Joli coup, jeune dhimmis !
- Oh, j’ai tenté la chance, fit le jeune homme qui s’était à la longue habitué à ce que le Turc l’appella ainsi.
Les yeux de Gabriel se mirent à jeter des éclairs. Sa voix s’assombrit.
- Tenter la chance ? C’est le langage du faible ! Tout ce que je ne t’ai pas appris ! Celui qui ne sait pas diriger sa vie tente la chance ! Le vrai conquérant lui prépare sa tactique, construit son plan, avance ses pions, enlève la reine et la met dans son lit. Tu ne progresseras pas en comptant sur la chance ! Tout le monde sait que la chance n’est qu’un croisement de nécessités. Ces nécessités sont forcement circonstancielles. Et les circonstances ne dépendent pas de toi. C’est la raison pour laquelle tu n’as que l’illusion de maîtriser tes actes. Tu n’as donc pas le droit de t’engager sur des actes dont tu n’es pas totalement le maître. Bien sur, tu vas me dire que ce jeu n’est pas essentiel. Mais c’est un signe. Un jour, tu pourrais dépasser le seuil critique sans t’en apercevoir. Tu connaîtras alors de graves déconvenues. N’oublie jamais le précepte que je t’enseigne depuis le premier jour. N’accepte jamais la facilité !
Gwenelg ne comprenait pas le soudain courroux de son maître. Et puis il était trop fatigué pour discuter. Il avait gagné. Un point c’est tout !
Ils se trouvaient dans la grande salle de la citadelle. Dehors, il faisait une étonnante chaleur, et la porte donnant sur la cour était restée grande ouverte.
Comme appelé par une voix divine, le jeune homme tourna la tête vers l’extérieur. Une longue silhouette sombre apparaissait progressivement dans l’embrasure de la porte de la mer.
A pas mesurés, traversant lentement la cour, elle s’approcha de l’entrée de la demeure. Frère Neil Leighton, du monastère de Sligachan, pénétra dans la pièce. Il s’arrêta sur le pas de la porte pour habituer ses yeux à l’ombre de la salle qui contrastait rudement avec la luminosité extérieure. Il retrouva son acuité, et son regard fit le tour de la pièce. Ses yeux se posèrent sur Ruaraidh qui laissait distraitement courir sa main dans l’opulent corsage de la grosse Dudu. Peu de gens avaient remarqué le moine, et les visages ne se tournèrent en sa direction que lorsqu’il s’engagea dans la pièce.
L’ayant à son tour aperçu, MacLeod se leva pour accueillir son visiteur. Le frère s’inclina devant le maître de Skye, échangea quelques paroles à voix basse, et remis au chef de clan un pli qu’il retira de la manche de son scapulaire. Ruaraidh le regarda avec étonnement.
- Qu’est ce que tu veux que je fasse de ça ? Demanda t-il de son habituelle voix de tempête.
- Que vous en preniez connaissance, s’il vous plait.
- Pour cela, il faudrait que je sache lire, fit Ruaraidh en plissant les yeux.
Un instant de flottement fut perceptible par toute l’assemblée. Visiblement, le moine n’avait pas envisagée cette possibilité.
A petits pas, Gabriel s’approcha de MacLeod.
- Puis-je ? Fit-il au chef Ecossais en lui tendant la main.
Celui-ci, surpris, finît par donner le message au Turc.
L’air faussement dégagé, Aziz déplia la lettre.
Il lut à voix haute.
- A Ruaraidh MacLeod, du clan MacLeod, maître de Skye, de Harris et de Lewis.
Je viens de recevoir une missive inattendue. Pol Ar Louarn, oncle de votre fils adoptif Gwenelg en est l’auteur. Il requiert la présence de son neveu. Il a besoin de lui en Bretagne pour des raisons de la plus haute importance. Il nous demande d’agir dans l’urgence et nous remercie pour tout ce que nous avons fait. Signé : Robert ban Cameron MacKinnon.
Le silence retomba. Personne ne bougeait. Seul le bourdonnement des mouches donnait vie à la pièce. Le breton tourna la tête vers Aquitane. La jeune fille était livide.
Comme si de rien n’était, Djibraïl replia le pli et le rendît à MacLeod. Celui-ci le prit d’un air détaché. Il plongea son regard dans celui du moine.
- Tu diras à Frère Robert que MA réponse est non.
Le chef Ecossais pivota sur lui-même, tourna le dos au religieux pour couper définitivement court à la conversation et repartit vers ses occupations.
Gwenelg restait sans réaction. Il ne s’attendait pas à cette nouvelle, et à vrai dire, Sieck lui semblait bien loin. Le sang recommença à affluer dans ses veines, son cerveau à fonctionner. Tous les sentiments pour sa terre natale qu’il avait occultés remontèrent à la surface. La conversation qu’il avait eut avec Gabriel près de la roche au « sang des guerriers » résonna à nouveau dans sa tête. Le jeune homme ressentit un immense sentiment de honte. Comment avait-il pu à ce point écarter la Bretagne de ses pensées. Le jeune MacLeod détesta ce sentiment".
La suite dans le tome 1.
Ici, la tempête souffle. Cette après-midi, nous iront voir la mer exploser contre les rochers.
Bonne journée, et bonne lecture .............
10:05 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
18.02.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches matins, un extrait du tome 1 des aventures de Gwenelg, "Le Retour du Tonnerre".
Aujourd'hui, la première rencontre avec l'évêque Derrien de Kergariou.
"À la vue de ses visiteurs, Derrien se leva pour les accueillir, touchant machinalement de la main la crosse en bois qui se trouvait posé derrière lui, symbole de l’autorité sur les fidèles du diocèse et de l’abbé sur les moines.
- Frère Pol, Dominus vobiscum
- Que le Christ vous bénisse, Monseigneur, lui répondit Pol en se penchant pour embrasser l’anneau de l’Evêque.
Gwenelg restait interdit, impressionné, ne sachant que faire et préférant se faire oublier.
Le chef spirituel se tourna dans sa direction.
- Voici donc votre neveu, fit-il s’adressant à Pol.
- Oui, Monseigneur .Comme je vous l’ai dit l’autre jour, je souhaite l’amener au monastère de frère Robert, à Sligachan, sur l'île de Skye.
L’évêque eut une moue de désapprobation.
- Je me méfie de ces Bénédictins qui applique les règles irlandaises. Je ne suis pas persuadé que les règles de Saint Benoît et les textes Celtiques de Saint Colomba fassent bon ménage. Ce soit disant monachisme Colombanien ne me dit rien de bon.
- Au contraire, Monseigneur, protesta Pol. Cette union leur permet de faire continuellement évoluer leur spiritualité
Monseigneur Derrien balaya l’argument d’un geste de la main.
- Si vous voulez. De toutes manières, c’est là votre responsabilité.
- Je dois rajouter, fit Pol en baissant la voix et la tête, que j’ai découvert quelque chose d’important.
- Qu’est-ce donc? Interrogea le prélat.
- Gwenelg, reprit le moine en se tournant vers son filleul, met toi torse nu.
Le jeune homme fut stupéfait.
- S’il te plaît Gwenelg, insista Pol doucement.
Ne saisissant toujours pas où son oncle voulait en venir, le jeune homme défi le lacet qui tenait son amigaut et fit glisser sa cotte jusqu’à la taille. Il eut soudain froid et il se sentait ridicule.
- Je connais mon neveu depuis sa naissance, fit de nouveau Pol, et un détail de son physique m’avait alerté sans que je comprenne pourquoi. Mais tout s'est éclairci lors des funérailles de mon frère. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la vérité ne m’est apparue qu'hier.
Sans finir son discours, il tendit le bras vers la poitrine de Gwenelg.
Les yeux de l’évêque cillèrent. Il se reprit et se rapprocha du jeune homme.
- Qu’est-ce que ça prouve ?
- Mais voyons Monseigneur, la prophétie !
- Ce que je vois ne prouve rien. C’est trop imprécis.
- Pourtant Monseigneur, rappelez-vous...
- Cela suffit ! S’emporta le dignitaire religieux, je n’ai que faire de ces balivernes païennes ! Toutes ces soi-disant légendes nous détournent du Tout Puissant. Je ne veux plus entendre de telles sottises en ma présence !
- Comme il vous plaira Monseigneur, fit Pol qui estimait plus judicieux de ne pas mécontenter son maître.
- Comme je vous l’ai promis, repris le prélat revenu à de meilleurs sentiments, voilà 30 Livres pour payer votre voyage.
Tout en le disant, l’évêque prit une aumônière dans un repli de son manteau, et étala son contenu sur la table.
Gwenelg n’avait vu que des liards et des deniers, parfois des sols, mais jamais des écus et à plus forte raison encore moins des livres. La somme étalée sur la table lui coupait le souffle.
Il reprenait ses esprits tandis que Monseigneur Derrien relançait la conversation.
- Alors, frère Pol, quelles sont les nouvelles que vous m’apportez ?
Derrien avait oublié l’argent, tout à l’écoute des paroles du moine. Il regardait le sol, se concentrant sur les paroles. On voyait à ses yeux qu’il pesait l’importance de chacun des mots, analysant la portée de ceux-ci, imaginant déjà les conséquences et les éventuelles actions à entreprendre.
- Elles ne sont pas très bonnes, Monseigneur.
Le front de Monseigneur Derrien se plissa.
- Je t’écoute.
L’évêque passait du vouvoiement au tutoiement avec une facilité déconcertante.
- Pour commencer, notre roi Alain IV.
La Bretagne n’était plus un royaume depuis la fin du Xème siècle, quand Alain II Barbetorte avait du s’allier aux Francs pour tenir tête aux envahisseurs normands. Le dernier souverain Breton, Geoffroi Ier, était mort en 1008. Mais on continuait par habitude à considérer le Duc de Bretagne comme le Roi. L'actuel, Alain Fergent qui avait prit le nom d'Alain IV, n'échappait pas à la tradition.
Pol poursuivit.
- Vous savez que depuis son retour de Terre Sainte, sa santé n’est plus très bonne. Il n’est pas vieux, mais miné par les privations et les maladies en Palestine. Pourtant, jusqu’à peu, sa lucidité paraissait intacte. C’est la réflexion que tous vos pairs se sont fait lorsqu’il s’est retiré au monastère de Redon il y a 4 ans. D’ailleurs, jusque peu, il s’intéressait à toutes les affaires du duché, voulait être informé de tout et c’est lui qui, du fond de sa cellule, tenait les rênes. Mais il n’a désormais plus qu’un seul discours. Il ne veut pas rentre dans l’histoire en raison de ses actes guerriers mais pour sa piété. A présent, seule la prière semble retenir son attention. Il s’enfonce dans un mutisme de plus en plus profond. Il n’attend plus que le moment de comparaître devant son créateur. Le duché n’a plus de maître.
- Et selon toi, combien d’année lui faudra t-il avant de paraître devant notre Seigneur Tout Puissant ?
- Une année, peut-être deux.
L’évêque opina, les yeux dans le vague. Pol continuait
- Son fils Conan III, c’est vrai, a déjà 21 ans. Mais son père ne lui a confié le duché qu'il y a 4 ans, il ne l’a pas suffisamment laissé s’affirmer. Sa mère, la reine Ermangarde, est toujours très présente. Mais le jeune duc rencontre de grandes difficultés pour se défaire de l’influence des grands seigneurs.
- N’y a t-il pas de volontaires pour l’aider dans sa tache ?
- La Reine est bien seule. Car le problème, Monseigneur, c’est que l’on ne sait plus qu’elle confiance accorder aux nobles.
- Comment ça ?
- D’après ce qu’a entendu le Comte de Tonquédec, on murmure que quelques seigneurs Bretons pourraient se rendre auprès d’Henri pour discuter d’un éventuel rattachement de la Bretagne.
Pol faisait allusion à Henri Ier Beauclerc, roi d’Angleterre, qui était aussi duc de Normandie, Comte de Vexin et Comte de Vermandois. Et, comme son père Guillaume le Conquérant ou son grand-père Robert le Diable, il voulait depuis des années régner sur la Bretagne.
- Ainsi le Duc de Normandie n’a pas oublié le vieux rêve de Robert, s'emporta l'évêque.
- Il semblerait Monseigneur, et il parait qu’il s’occupe lui-même de cette affaire, sans intermédiaire.
- Le Roi Henri veut donc aussi notre Duché !
L’évêque fulminait.
- Pourquoi pas le royaume Franc ? Proposa t-il avec désinvolture.
- Aucun intérêt, répondit prudemment Pol qui voyait à nouveau monter la colère de son supérieur
Pourtant, l’oncle de Gwenelg savait qu’il n’exagérait guère. L’autorité du Capétien ne s’exerçait que sur un territoire très limité autour de Paris appelé pompeusement « Domaine Royal. De plus, Francs et Normands étaient déjà en guerre depuis 1109. En effet, le roi de France Louis VI s’était découvert des velléités d’autorité auprès des grands princes. Depuis, le descendant d’Hughes Capet était en conflit ouvert avec le duc de Normandie. Mais personne ne doutait de la conclusion du conflit. Henri finirait par l’emporter. De même, chacun s’accordait sur le fait qu'il n’irait pas au-delà de la défense de ses intérêts. Louis était le protégé du pape, et le gain des terres du roi de France ne valait pas un conflit avec l’Eglise.
- Qu’en dit-on à la cour ? Interrogea Derrien.
Le moine avait compris qu’il s’agissait du "Château de la Tour Neuve", siège de la cour des Ducs de Bretagne à Nantes.
- Personne n’en parle ouvertement. Chacun préfère se confier à des relations sures. Et personne ne se prononce sur l’avenir de notre Roi.
- Que disent nos amis ?
- J’en ai parlé avec Geoffroy de Dinan. Il pense que plusieurs des princes de notre Duché se verrait sur le Trône, quitte à prêter hommage à Normandie.
- Tu penses qu’il a raison ?
- Je ne sais pas. Certain d’entre eux n’apparaissent plus à la cour. On prétend qu’ils sont en voyage.
Derrien était songeur.
- Il est possible qu’ils tentent déjà de passer pour les meilleurs prétendants auprès d’Henri.. Si c’est le cas, nous devons tout faire pour les contrer. Je connais plusieurs de ces hommes. Ils ne voient que leur intérêt et ils se fichent bien du Duché. Nous devons agir. Je vais rédiger une missive que tu transmettras au Comte Morvan, à Brest. Il doit en être avertit"
La suite dans le livre ..........
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11.02.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches, pour une matinée couette (avec la tempête au dehors, ça tombe bien), l'extrait du dimanche matin.
Aujourd'hui, les première lignes du chapitre 1
"Malo jeta un long regard vers son père. Celui-ci, vieil homme noueux et fatigué, peinait pour maintenir le bateau face au vent. Les vagues se faisaient plus saccadées et plus amples. Elles rendaient la maîtrise de l’esquif hasardeuse.
Le marin détourna le regard et porta sa concentration sur l’eau, sombre comme un linceul de mauvais augure, puis vers le ciel couvert de nuages gris et serrés.
Un frisson parcouru l’échine de cet homme pourtant habitué aux pièges de la mer.
Malo et son père Gwénolé étaient pécheurs. Une longue tradition familiale. D’ailleurs, c’est le propre grand-père de Gwénolé qui avait construit le bateau.
Le vieux marin avait vu, alors qu’il était encore enfant, son aîné assembler l’embarcation. Le vieil Ar Louarn avait abattu les chênes. Il les avait taillés puis poli. Ensuite, il avait uni les planches sur une robuste membrure. Mais l’opération la plus délicate, celle qui avait demandé le plus de rigueur fut le calfatage. La moindre fissure, le plus petit espace libre entre les lattes fut colmaté par de l’étoupe de lin et noyée dans un baume brûlant fait de résine et d’écorces d’arbres.
Gwénolé comptait ses détails à son fils lors de chacune de leurs pêches.
Malo savait donc son bateau indestructible. Pourtant un mauvais pressentiment le torturait. Et le fait qu’ils aient perdu le rivage des yeux n’arrangeait rien.
Le marin se secoua. Après tout, il était pécheur, et puisque la prise était loin d’être concluante, il n’avait qu’à s’en prendre qu’à lui-même. Il jeta de nouveau le filet à la mer.
- La mer devient mauvaise, lança Gwénolé vers son fils qui menait le bateau.
- J’ai vu, répondit Malo aussi tranquillement que possible. Un dernier lancé et on rentre. Si nous ne ramenons que les trois malheureux poissons qui sont dans le panier, ça va être difficile de nourrir la famille.
Avec ces paroles, Malo espérait convaincre son père. Ils ne pouvaient rentrer bredouille sur Sieck.
C’était un îlot sur la côte nord-ouest de Bretagne. Là vivait le clan Ar Louarn, dans la vieille maison familiale : Gwénolé qui était veuf, son fils aîné Tugdual avec sa femme et ses 4 enfants, son second fils Malo, ainsi que sa belle-fille Eowyn et ses trois enfants Brieuc, Gwenelg et Orvenn. Seul Pol, le cadet des 4 frères, avait quitté la terre parentale.
La pensée Eowyn capta une nouvelle fois l’attention du marin.
Elle était la veuve de Gurvann. Celui-ci avait été enlevé par des pirates Vikings quelques jours après la naissance de leur fille Orvenn. Bien que les terribles hommes du Nord aient quitté la Bretagne après la victoire d’Alain Barbetorte en août 939 près de Trans, quelques-uns maraudaient encore parfois sur leur Drakkar le long des côtes de la Manche. Un matin, ils avaient débarqué sur l’île, volé ce qui pouvait l’être, enlevé les hommes qui ne péchaient pas. Ils avaient aussi assouvi leur virile bestialité sur Eowyn qui se remettait à peine de ses couches. Depuis, la femme paraissait avoir perdu la raison. Elle adressait à peine la parole aux siens.
Ses trois derniers enfants vivaient avec eux. Mais Eowyn avait mis 14 enfants au monde. 7 étaient morts dès la naissance ou très rapidement par la suite. 4 avaient été vendus comme servants à des nobles ou à de riches propriétaires de bateau. Une chance pour un pauvre.
Un nouveau coup de vent plus vicieux rappela Malo à l’ordre. Il jeta un regard circulaire. La mer s’était formée, et couronnant les eaux obscures, un rideau d’écume limitait la vue à quelques brasses. Les courants devenus féroces créaient des tourbillons ravageurs. Il était vraiment temps de rentrer.
Malo s’agenouilla pour rentrer le filet. Curieusement, celui-ci était pesant. Le poisson avait finalement accepté de se laisser prendre. Le fils de Gwénolé conclu que la chance avait tourné.
Pourtant, averti par un sixième sens, il leva la tête. Fonçant vers eux telle une horde de chevaux furieux, une énorme déferlante se précipitait sur les 2 hommes.
- Père, hurla Malo, au Nord !
Le vieux marin comprit en un instant. Il borda la voile aurique, serrant le vent pour faire remonter l’embarcation afin de prendre la vague de face. Mais lesté par le filet et trompé par la vitesse insensée de la lame, ils n’en eurent pas le temps.
Malo comprit en un instant que c’était la fin. La peur le pétrifia. Il vit comme dans un cauchemar la muraille verte fondre sur eux
Le bateau était resté parallèle au sens de la mer. L’énorme vague déferla sur eux, les engloutis d’un coup et les entraîna au plus profond de la Manche."
La suite dans le livre ........
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28.01.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Come tous les dimanches matin, un petit extrait du tome 1 des aventures de Gwenelg : "Le Retour du Tonnerre".
Aujourd'hui, la première rencontre avec Monseigneur de Kergariou.
"Un énorme tas d’immondices formant un talus indiquait l’entrée de la cité. Tout près, des taudis crasseux et puants s’entassaient de manière incroyable. Pataugeant dans des flaques d’eau saumâtre, des enfants à peine couverts de guenilles, la morve au nez, stoppèrent leurs jeux pour regarder passer les deux voyageurs.
Ceux-ci poursuivirent et parvinrent à la ville. Ils s’éclaboussèrent alors dans la boue de la rue détrempée par les dernières pluies. Le garçon était protégé par ses sabots, mais pas le moine qui avec ses simples sandales avait comme souci de ne pas choir dans des restes de cuisine et d’excréments.
L’égout était au centre de la rue. Le sang des écorcheries coulait au milieu du passage. Des cadavres de chiens pourrissaient contre des murs de maisons, tandis que d’autres, faméliques, se disputaient férocement des lambeaux de viande putride.
Dépassant progressivement les quartiers mal famés peuplés de mendiants de voleurs et de prostituées, ils atteignirent les rues menant vers la place de l’Evêché. Le chemin se couvrit alors de galets plantés verticalement, bien plus facile pour la progression.
Les voies étaient étroites, tant pour se prémunir au mieux des intempéries que pour ralentir l’arrivée des barbares. Mais elles étaient quand-même suffisamment large pour autoriser le passage d’une charrette. A cette heure de la journée, les rues étaient encombrées par les étals des marchands de légumes et des poissonniers.
Les maisons étaient soit de bois avec des toitures très pointues, soit de granit recouvert d’un torchis généralement sale. Certaines avaient un rez-de-chaussée en pierre sur lequel venait reposer un colombage. Les demeures de notables se remarquaient par l’entourage travaillé de leur portes.
Des échoppes offraient aux passants leurs services : Drapiers, chirurgiens, tisserands, couteliers, fours à pain, tannerie, bouchers, ferrons, ainsi qu’un nombre respectable de tavernes. Il s’agissait là d’une particularité de la ville. Les guildes préféraient traditionnellement regrouper les corps de métier dans des quartiers bien distinct. Ce n’était pas le cas à Saint-Pol.
Des hommes vêtus de loques et tirant des charrettes à bras croisaient des femmes en costume traditionnel ainsi que quelques riches marchands, fermiers ou propriétaire de bateau. Tout ce petit monde parlait, criait, riait, s’interpellait, s’insultait, et les paroles se mélangeaient aux cris des animaux que l’on allait vendre.
Pol et son neveu croisèrent le prévôt, qui salua le moine d’un signe de la tête. Ils débouchèrent sur la place de l’Evêché placée sous l’ombre bienveillante de la cathédrale. Des corneilles sortaient et entraient dans les deux clochers jumeaux, criant et faisant un bruit d’enfer.
Dans le haut de la place, une foule commençait à se rassembler. Le nouveau Tro-Breizh débutait les jours suivants.
Il était près de sexte (sixième heure du jour : Midi) quand Pol et Gwenelg s’avancèrent jusqu’au perron de l’Evêché, une longue bâtisse de deux étages qui se situait en contre-bas de la demeure du sénéchal.
Le moine frappa à la lourde porte de chêne renforcée de larges ferrures en se servant du marteau. Très vite un religieux fatigué au teint cireux leur entrouvrit la porte. Il jeta un regard à Gwenelg, et s’adressa à Pol avec morgue.
- Mon frère ?
Pol lui fit son plus beau sourire.
- Bonjour mon Frère, je suis Pol Ar Louarn de Sieck. Il est prévu que je rencontre Monseigneur Derrien. Vous êtes nouveau ici, non ?
Le fait de mentionner le nom du maître des lieux sembla réveiller brutalement le moine qui retrouva immédiatement un semblant de civilité.
- Oui, bonjour mon frère. Je suis frère René, et Monseigneur m’a effectivement prévenu de votre venue. Entrez, et attendez-moi, je vais le prévenir.
Le moine les abandonna, s’engageant dans le large escalier qui faisait face à la porte d’entrée.
Il revint rapidement, descendant l’escalier quatre à quatre, ce qui était un exploit, vu son age canonique. Précédé de frère René, Pol et le jeune homme purent s’engager à leur tour dans l’escalier. Il était large, fait d’un bois rouge sombre. Ses contre-marches étaient très courte, ce qui donnait la possibilité d’en franchir plusieurs à la fois. Ils débouchèrent dans un couloir, éclairé par une fenêtre ouverte dans le mur de droite. Ils obliquèrent vers la gauche, dépassant plusieurs portes.
Pour un temps, Gwenelg avait oublié son appréhension. Il n’avait que rarement quitté l’environnement immédiat de son îlot. Tout ce que ses yeux voyaient l’émerveillait et le surprenait.
Au bout du couloir, frère René frappa à la porte. Après en avoir reçu l’autorisation, il ouvrit la porte et s’effaça pour laisser passer les deux Ar Louarn.
La pièce dans laquelle ils pénétrèrent était rectangulaire. En face d’eux, une estrade portait un autel sur lequel était placée une grande croix de bois. Les murs étaient recouverts de chêne travaillé jusqu’à mi-hauteur. Deux hautes fenêtres protégées par de lourdes tentures étaient ouvertes dans le mur de droite. Du coté opposé, une longue table de bois aux pieds très fins à laquelle travaillait un homme assez corpulent au visage rond, le nez aquilin et la bouche droite, Monseigneur Derrien, Evêque de Bro Léon.
L’homme avait les cheveux très courts, la nuque rasée jusqu’au-dessus des oreilles, comme cela se pratiquait dans la noblesse. Pourtant, il ne portait aucun des atours liés à sa charge.
Il était d'ailleurs vêtu d’un étonnant manteau. Celui-ci avait avec un col de fourrure épaisse, il était très large aux épaules, resserré à la taille et il tombait presque jusqu’au sol, laissant ainsi apparaître de courtes bottes en peau claire. La pelisse était elle-même jetée sur une haire, et à sa ceinture de cuir, un large anneau de métal lui permettait de porter les clefs.
Cette attitude vestimentaire ne surprenait pas quand on connaissait l’histoire de l’ecclésiastique.
Des années auparavant, il n’était alors que Derrien de Kergariou, fils aîné du Comte régnant sur le Léon. Ainsi que le lui permettait son ordre de naissance, le jeune homme se destinait au métier de soldat. Il devint un des lieutenants d’Alain Fergent, le futur duc de Bretagne Alain IV.
En 1086, Guillaume Le Conquérant, récent roi d’Angleterre, voulut obtenir l’allégeance de la Bretagne. Il attaqua le pays de Rennes et assiégea la ville de Dol.
Alain Fergent rassembla alors autour de lui une puissante armée. Cette troupe prit la route à la rencontre du roi d'Angleterre. Le jeune De Kergariou faisait partie de l’expédition. Au cours des nombreuses escarmouches qui se produisirent, le jeune Comte se dévoila comme un soldat courageux et il fit preuve d’une grande maîtrise des armes. Surtout, il se révéla être un excellent meneur d’homme, énergique, tenace et rusé. Tous pensaient qu'il serait bientôt un des grands soldats de Bretagne.
Au final, lorsque Guillaume apprit qu'Alain Fergent arrivait pour le combattre, il repartit si vite qu’il en abandonna son camp.
Quand Derrien de Kergariou revint chez lui, il fit la connaissance d’une jeune fille dont il demanda la main. Comme elle était de noble lignée, les noces furent annoncées. Une semaine avant la cérémonie, il enleva la belle sur son cheval pour une chevauchée à travers les landes. Par malheur, un renard traversa leur route au détour d’un chemin creux. La monture se cabra, renversant les fiancés. Derrien se releva, indemne. Mais la jeune fille était morte, la nuque brisée. Désespéré, le jeune De Kergariou entra dans les ordres. Son rang lui permit de devenir rapidement évêque. Ses relations, son sens inné de la politique et son discernement firent le reste. Au fil des ans, il était devenu l’un des hommes incontournables de Bretagne.
À la vue de ses visiteurs, Derrien se leva pour les accueillir, touchant machinalement de la main la crosse en bois qui se trouvait posé derrière lui, symbole de l’autorité sur les fidèles du diocèse et de l’abbé sur les moines."
La suite dans le livre ..........
09:45 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
21.01.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches matin, un petit extrait de "Gwenelg - Tome 1 : Le Retour du Tonnerre".
Aujourd'hui, les premiers pas de Gwenelg sur la terre d'Ecosse.
"Quand Gwenelg se réveilla, Pol était en discussion avec Jacob. Le vent s’était à nouveau levé, sans violence cette fois. Cependant, sa direction nord-ouest interdisait au bateau de repartir. De plus, le Flamand estimait qu’il n’y aurait pas de bascule du vent avant plusieurs jours. Ils étaient donc coincés là pour une période indéterminée. Van Arteveld avait pris la décision de chercher à vendre sur place l’orge qu’il transportait en plus des passagers, sans attendre un hypothétique départ vers ses habituels ports de négoce. Aussi Pol annonça que lui et son neveu iraient vers Sligachan par la voie terrestre. Chacun tomba dans les bras des autres, et on se quitta en espérant se revoir aussi vite que possible.
Pol et Gwenelg abandonnèrent le petit port.
Le terrain s’éleva dès qu’ils eurent quitté la côte. Ils s’éloignèrent très vite de Plockton, et quand le jeune Ar Louarn se retourna pour la dernière fois, il distinguait à peine les silhouettes des hommes qui s’affairaient autour des bateaux.
Le terrain qu’ils tentaient de franchir était une tourbière sans fin constituée de mousses, de sphaignes remplies d’eau et parcourue d’une multitude de rus.
Le ciel était bas et chargé. Mais l’air qu’il respirait lui semblait plus léger qu’à l’habitude.
Et assez curieusement à cause du long séjour en mer, Gwenelg avait encore l’impression de tanguer, comme s’il se trouvait toujours sur le bateau flamand.
Le paysage était aride. Il n’y avait que de pauvres arbres isolés et rabougris, ayant miraculeusement enduré l’hiver Ecossais, pour accrocher le regard.
Brusquement, les deux hommes tournèrent la tête. Un faucon émerillon avait provoqué la panique parmi une bande de Bruants des roseaux. A la venue de leur ennemi, ceux-ci s'envolèrent dans un bruit d'ailes, puis plongèrent immédiatement pour se réfugier dans la végétation basse.
Tout près, sur un bloc rocheux, Gwenelg releva quelques longs poils noirs et épais. Les sangliers semblaient apprécier ces antiques pierres pour se frotter.
Au milieu de la matinée, ils atteignirent le sommet du Beinn Raimh. Il leur annonçait le début d’une longue descente.
Un bruit sec attira leur attention. A quelques toises à peines, ils aperçurent des cerfs qui se combattaient, tête contre tête et bois contre bois.
En début d’après midi, après avoir contourné le Loch Long, ils s’engagèrent dans l’ascension d’une nouvelle colline. En arrivant à son sommet, Gwenelg se figea.
Sur sa droite, l’île de Skye et ses sommets perdus dans la brume se miraient dans le Loch Alsh. A sa gauche, le long et étroit Loch Duich était surplombé par les cinq sœurs de Kintail couronnées de neige. En contre bas, telle une vigie défiant l’horizon, le Breton distinguait un château de pierres grises isolé sur un îlot Il était constitué d’un donjon carré massif et était relié à la côte par un petit pont à trois arches. L’ensemble était dominé par le Beinn a’Ch`uirn.
Le paysage était vraiment à couper le souffle, impressionnant de majesté, de puissance et d’éternité. Quelque chose entre le jardin d’Eden et les vallées marines du royaume Viking. Les nuages menaçants décuplaient la violence de cette vision magnifique, accentuant la confrontation du ciel et de l’eau. La beauté de la Nature faisait s’évanouir la présence des corps. Il y eut un moment d’harmonie entre les esprits et cette image immortelle.
Gwenelg laissa de longues minutes son esprit libre de toute maîtrise, savourant le plaisir que lui octroyaient ses yeux.
Puis ils reprirent leur périple, descendant la colline pour atteindre le Loch Duich près du château qu’ils avaient vu d’en haut. A l’entrée du pont, sur la rive du loch, plusieurs huttes de paysans étaient regroupées.
- C’est le château d’Eilean Donan, la forteresse de Conrad MacKenzie MacRae.
- Vous le connaissez ?
- Pas vraiment.
- En tout cas, c’est un drôle de nom !
- Tu te rendras rapidement compte que beaucoup de gens ici ont un nom qui commence par Mac, ce qui signifie « Fils de ». Et très souvent les gens vivent en communautés. Dans ce pays, on les appelle clans. C’est un mot qui vient du Gaélique ancien et qui signifie « enfants ».
- Si je vous ai compris, s'étonna Gwenelg, cela signifie donc que ce Conrad a deux pères ?
- Bien sur que non, fit Pol dans un sourire. Les MacKenzie ont été les premiers lairds, puis cette branche de la famille s’allia aux MacRae lors d’un mariage, et ont ce nom depuis. Mais en fait, Conrad n’utilise que MacRae comme patronyme.
Ils continuèrent leur route, franchirent le Glen Shiel à l’extrémité du Loch Duich à l’aide d’un petit pont de pierre puis gravirent les pentes du Beinn a’Ch`uirn. Le chemin serpentait ensuite paisiblement le long de la mer.
En fin de journée, ils arrivèrent à Bernera. Le hameau n’était séparé de Skye que par un petit bras de mer. L’une des rares maisons qui s’y trouvait était celle du passeur. Il accepta que les deux voyageurs dorment sous un préau où se trouvait une meule de fanes d’orge en attendant le jour."
La suite dans le livre ..............
09:40 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, Héros, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
14.01.2007
L'extrait du Dimache matin
Comme tous les dimanches, un petit extrait pour commencer tranquillement la journée.
Aujourd'hui, Ruaraidh et Aquitane sont sur les murailles de Dunvégan ............
Ce paysage silencieux lui parlait sans cesse. Ces blocs de grès, vestiges de monts disparus, perdus dans une étendue verte, plissée et humide, lui racontaient les exploits du passé et l’entraînaient vers les horizons qui s’ouvraient. Ces rochers perdus étaient comme des îles sur un océan infini, des soldats égarés sur un champ de bataille démesuré. La plaine désolée de Skye offrait une fois encore sa beauté abrupte à la jeune fille. Au loin, les Cuillins devenus bleus se perdaient dans un halo nuageux gris violacé.
- Tu parais bien sombre, ma fille.
Aquitane se tourna brusquement. Elle n’avait pas entendu son père s’approcher.
- Pas du tout, je rêvais c’est tout !
- A quoi ?
La question pris la jeune femme au dépourvu. Mais elle enchaîna.
- A rien en particulier.
- Tu as changé depuis quelques temps.
- Qu’est ce qui vous fait dire cela ?
- Des signes qui ne peuvent tromper un père. Par exemple, je ne t’entends plus rire.
- Un peu de fatigue, c’est tout.
- Je te connais, Aquitane. Je sais que je ne me suis pas occupé de toi comme l’aurait fait ta mère, mais je ne suis qu’un homme. Et encore, pas le meilleurs d’entre eux. Quand tu es née, il est vrai que j’aurais préféré un fils, mais aujourd’hui je suis très fière de toi et très heureux que tu sois près de moi. De plus, nous avons Gwenelg désormais.
La fille de Ruaraidh sentit le rouge lui monter aux joues et ne pu rien faire pour se maîtriser.
- T’arrive t-il de penser à lui ? Poursuivi Le seigneur des îles d’un air dégagé.
Aquitane se maudit. Elle devait être cramoisie.
- Parfois, lâcha t-elle dans un souffle.
- Comme je te l’ai dit tout à l’heure, je ne serais jamais ta mère, mais si tu as quelque chose à me dire, je t’écoute.
La jeune femme avait la bouche sèche. Mais il fallait que ce soit dit. Alors maintenant ou plus tard. Et puis c’était vrai, elle était malheureuse.
- C’est que, finit-elle par dire, je crois que je suis un peu amoureuse de lui.
Ruaraidh ne broncha pas. Il enchaîna.
- Tu sais que c’est à moi qu’il appartiendra de te trouver un époux.
- Ecoutez mon père, à l’âge que j’ai, vous pourriez déjà être grand-père. C’est donc que cela ne vous préoccupe pas. Pourtant, je sais que vous m’aimez. Ainsi que vous le dites vous ne serez jamais ma mère. Mais tout comme elle vous voulez que je sois heureuse. Vous aurez donc a cœur de me donner l’époux de mon choix. En mémoire d’elle. Et qui mieux que Gwenelg pourrait remplir ce rôle ?
Touché, coulé, terminé. Rien à rajouter. Cette pucelle était infernale.
- Nous verrons cela à son retour, concéda Ruaraidh.
- Si aucun malheur ne se produit.
- Que veux-tu qui lui arrive ?
- Depuis son départ, j’ai de mauvais pressentiments. Et s’il ne revenait pas ?
- Je vais te confier moi aussi un secret. Sur les murailles d’Eilean, j’ai vu un jour son regard. Celui d’un démon. J’en ai eu peur. Je peux bien te jurer que si Gwenelg se fâche, le diable lui-même passera au large.
La suite dans le tome 1, "Le Retour du Tonnerre" ...............
09:34 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands d'Ecosse
07.01.2007
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Comme tous les dimanches, un peit extrait du tome 1, Le Retour du Tonnerre, afin de commencer la journée en toute tranquilité.
Aujourd'hui, le roi d'Angletterre Henri Ier rencontre le capitaine de sa future armée d'invasion ..........
"FALAISE le 26 FEVRIER 1120
Un vent glacial venu de la mer pourtant lointaine s’engouffrait dans les ruelles de Falaise. Les rares habitants qui s’y égaraient se hâtaient autant pour éviter la morsure de la bise que pour atténuer la frayeur que leur inspirait une nuit si sombre. Aussi, ces passants pressés ne jetaient qu’un regard rapide à l’élégant hôtel de deux étages qui se trouvait en plein cœur de la petite cité. Il s’agissait pourtant de la plus noble demeure de la ville. Henri Ier en avait fait sa tanière. Lorsqu'il abandonnait l'Angleterre pour la Normandie, il aimait se retirer dans la ville natale de Guillaume le conquérant. Cela lui permettait de prouver son attachement à l’héritage de son père, et, le cas échéant, d’effectuer des rencontres qu’il souhaitait éviter devant la Cour, à Londres comme à Rouen. Il avait ainsi demandé à Thomas Winslade de se rendre auprès de lui.
Celui-ci, harassé par 2 jours de cheval dans un froid de mort, franchit le porche du logis et se trouva dans une petite cour carrée. Un palefrenier se précipita pour prendre la monture par la bride et l’entraîner vers les écuries. Le sire de Lavenham se retrouva seul. Il leva la tête. Tout le premier étage était occupé par un balcon de bois couvert qui longeait l’ensemble de la demeure. Il devina dans la pénombre des guetteurs transis qui ne perdaient rien du moindre de ses gestes. Winslade pénétra dans la royale demeure où il fut accueilli par un soldat en arme. Son costume était écarlate, comme tous ceux qui appartenaient à la fameuse garde rouge du Roi. Après s’être enquit de l’identité du visiteur, l’homme guida le nouvel hôte à travers le dédale des pièces. La chaleur à l’intérieur de la maison contrastait brutalement avec le froid de l’extérieur. Le fils d’Aulerque fut attiré par une mélodie qui semblait provenir de l’endroit où il se dirigeait.
Effectivement, il déboucha avec son guide dans une large pièce basse de plafond. Un grand feu brûlait dans une profonde cheminée. Le roi somnolait dans un fauteuil au bois très ouvragé. Devant lui, utilisant un Luth à 3 cordes, un musicien tentait de divertir sans succès son suzerain. L’entrée du nouvel arrivant arracha Henri d'Angleterre à son engourdissement.
Thomas Winslade s’inclina longuement devant le roi. Celui-ci quitta son siège.
- Alors, monsieur de Lavenham, que pensez-vous de Falaise. J’ai l’ambition d’y construire un château, mais je ne suis pas encore fixé.
- Sincèrement sire, je n’ai pas eu le temps de bien me rendre compte. L’heure ne prête pas la découverte.
- Ce n’est pas grave, fit Beauclerc magnanime, vous aurez le temps ultérieurement. Où en est notre affaire ?
- Les choses avancent plus lentement que je ne l’espérais. Convaincre les fils de la noblesse qu’il faudrait bientôt se préparer pour de nouvelles campagnes sous votre bannière n’a pas été compliquée. De même, engager des manants pour constituer la soldatesque ne devrait pas poser de problèmes. Les informations que me ramènent mes recruteurs montrent que l’enrôlement pourrait être terminé dans quelques semaines. Quelque mois tout au plus. Par contre, je le confesse, je rencontre de réelles difficultés pour engager des soldats de métier. Ils ne veulent pas partir pour une guerre dont ils ignorent tout et ils souhaitent des garanties sur la solde. Et je n’ai que peu d’informations à leur fournir. Que me conseillez-vous ?
Le visage du roi se ferma, ce qui inquiéta Winslade. D’un geste agacé, le monarque congédia le musicien. Ce que Lavenham avait annoncé au fils de Guillaume était bien entendu la vérité, mais l’Anglais s’en servait pour tenter d’apprendre ce qu’étaient les véritables mobiles de son suzerain.
En dépit des risques qu’il prenait.
Si le monarque le décidait, le noble Anglais pouvait très bien se retrouver le soir même dans un cul de basse-fosse. Une bonne partie du destin du vassal d’Henri Ier allait donc se dessiner sur-le-champ. Si le roi décidait de se confier, Winslade tiendrait là sa première victoire et devenait en même temps incontournable dans la démarche du roi. Dans le cas contraire, …
Sire Thomas ne put s’empêcher de se crisper. Henri jeta un regard arrogant à cet homme laid. Il était tout le contraire de lui. C'était un condensé d'agressivité, de cruauté et de bestialité. Le roi lui était raffiné, impassible et clairvoyant. Pour être grand, il fallait dominer ses émotions. Et puis, Henri avait plus besoin de Lavenham que celui-ci l'imaginait. Il décida de se montrer magnanime, même si cela lui coutait.
Aussi, de manière inattendue, presque grotesque, il enveloppa les épaules de son vassal du bras droit, l’entraînant plus près de la cheminée.
- Vous avez très bien fait de vous en ouvrir à moi. J’apprécie votre grande franchise. Vous saviez qu’en m’annonçant de telles nouvelles vous risquiez un terrible châtiment. Et pourtant vous avez osé. C’est très bien. Je sais que je peux compter sur vous. Mais que cela ne devienne pas une habitude. A l’avenir, résolvez vos problèmes par vous-même. A la longue, je pourrai me lasser. Me suis-je bien fait comprendre ?"
La suite dans le livre ...............
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31.12.2006
Gwenelg - L'extrait du dimanche matin
Avant toute chose, une nouvelle fois merci à toux ceux, nombreux, qui sont venu hier chez Breizh United pour une rencontre autour de Gwenelg.
Ce fut riche et émouvant.
Promis, nous recommencerons bientôt.
Comme tous les dimanches matins, voici le dernier extrait de l'année 2006.
"De Bourgoüët avait raison. Ce rocher était une véritable bizarrerie voulue par Dieu. Comme
sorti du néant, son sommet cumulait à environ 200 pieds, et dominait un marécage sans fin
plus plat que le dos de la main. Les anciens affirmaient qu’avant la venue des hommes, le
Mont Dol, le Mont Saint Michel et Tombelaine étaient les uniques irrégularités d’une
gigantesque forêt qui rejoignait la Bretagne à l’Angleterre.
Mais celui-ci n'était pas comme les deux autres.
Le roc avait conservé les traces des griffes de Satan. C’était à cet endroit précis que Saint
Michel, tenant de la main droite le glaive du Seigneur et de la gauche une chaîne d’airain, d’or
et d’argent mêlé, triompha du dragon diabolique. L’archange précipita le démon dans l’abîme.
A l’aide de fers divins qui renfermaient le désespoir, la terreur et la malédiction, il attacha le
Diable sur un rocher enflammé au centre de l’enfer.
Beaucoup avaient en mémoire l’écho de ce combat. Mais personne n’en aurait parlé. Alors
qu’ils étaient à se regrouper au sommet du Mont Dol, siège de ce fabuleux combat, mieux
valait penser à autre chose.
Afin de l'atteindre, l’ost de Conan avait du prendre mille précautions pour franchir le marais.
Les chariots avaient quitté la colonne et envoyés par une route plus sure jusqu’à la Fresnais.
Au cours de leur progression, les hommes de Morvan avaient pris soin de laisser des signes
évidents de leur passage. Arbres arrachés, feu de broussaille, restes de repas bordaient le
chemin et indiquaient la route mieux que des bornes romaines. De plus, les hommes avaient
fait suffisamment de bruit pour que quiconque à des lieux à la ronde puisse témoigner du
passage d’une armée.
Puis il avait grimpé l’éminence granitique, et ils s’étaient tous assis au sol. Le soir, ils feraient
la fête.
Il y avait ripaille également au camp de Cöetivy. Parce qu’en cette veille de bataille, ces
réjouissances seraient pour beaucoup les dernières. Et puis, une charge comme celle qui se
préparait pour le lendemain, c’était la gloire de la chevalerie, les griffes de Dieu dans les
affaires des hommes. Un aussi formidable combat valait bien des festivités, même par
anticipation.
Depuis la matinée, Winslade avait entreprit de rattraper Conan. Il avait quitté Bécherel au
petit matin, et était monté plein nord aussi vite qu’il l’avait pu. Le soir venu, il avait été
contraint de stopper sa progression, mais ses éclaireurs venaient de lui apprendre que le gibier
venait de s'immobiliser sur un petit promontoire près de Dol. C’était presque trop beau.
Morvan était occupé à répartir les différents corps de son armée. L’un, groupé autour du roi et
essentiellement constitué de sa garde, devait servir de réserve. Le reste des troupes engagerait
la manœuvre.
Malgré son désaccord, le comte s’appliquait à respecter au mieux les consignes de Conan. La
tactique était en fait celle suggérée par Gwenelg Mac Leod. Maudit Ecossais !
Les archers furent répartis sur 3 rangs sur tout le pourtour du tertre. Il était prévu qu’en cas de
nécessitée, les hommes du dernier rang pourraient être amenés à glisser pour renforcer un
maillon faible du dispositif.
Comme la majorité des autres chevaliers, Gwenelg attendait allongé sur le sol. Durant la nuit
précédente, il avait distinctement vu un vaste halo de lumière qui identifiait le camp des
Normands. En son for intérieur, il avait été impressionné, mais il s’efforçait de ne rien laisser
paraître.
Le temps était maussade. Venu de l’ouest, les nuages s’amoncelaient et obscurcissaient
progressivement le ciel. Un petit crachin se mit à tomber.
Bien avant l'aube, Winslade avait ordonné que la troupe fasse mouvement. Ils avaient campé
près du Rouvre, et la route était encore longue. C’est pourquoi ses hommes chevauchaient
sans se ménager. Les piétons suivaient comme ils pouvaient, mais la petite pluie qui tombait
se mélangea rapidement à la sueur.
Après près de 4 heures de progression, les premiers éclaireurs arrivèrent pour rendre compte.
Le Mont-Dol était à moins de 1 lieu......."
La suite dans le livre ...
Bloavez mad.
Xavier
09:25 Publié dans L'extrait du dimanche matin | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, aventures, lecture plaisir, moyen âge, Bretagne Celtique, Highlands





